La Fondation de l'EAAF |
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Au début 1984, la CONADEP et les Grand-mères de la Plaza de Mayo, une organisation non gouvernementale des droits de l’homme recherchant les enfants qui disparurent avec leurs parents, demanda l’assistance de M. Eric Stover, alors directeur du Programme Sciences et droits de l’homme à l’Association américaine pour la promotion des sciences (AAAS). Stover rassembla une délégation d’experts médico-légaux pour se rendre en Argentine, où ils trouvèrent plusieurs centaines de squelettes exhumés non identifiés, conservés dans des sacs en plastique à l’intérieur des resserres poussiéreuses de plusieurs instituts médico-légaux. Beaucoup de sacs contenaient les os de plus d’un individu. La délégation demanda l’arrêt immédiat des exhumations.
Parmi les membres de la délégation de l’AAAS figurait le docteur Clyde Snow, l’un des principaux experts en anthropologie médico-légale au monde. Le Dr. Snow a fait appel à des archéologues, des anthropologues et des médecins pour commencer les exhumations et l’analyse des restes de squelettes en utilisant les techniques traditionnelles de l’archéologie et de l’anthropologie médico-légale. Snow est retourné en Argentine plusieurs fois au cours des cinq années suivantes, formant les membres actuels de l’EAAF et contribuant à l’établissement de l’Equipe argentine d’anthropologie médico-légale (EAAF).
Poursuivant le travail du Dr. Snow, l’EAAF figure parmi les groupes pionniers de l’application des sciences médico-légales à la documentation des violations des droits de l’homme. En 1986, l’équipe commença à étendre ses activités au-delà de l’Argentine et a travaillé depuis dans à peu près trente pays à travers les Amériques, l’Asie, l’Afrique et l’Europe. À ce jour, l’EAAF a dirigé des missions en Angola, en Bolivie, en Bosnie, au Brésil, au Chili, en Colombie, en Croatie, en République démocratique du Congo, au Timor oriental, au Salvador, en Éthiopie, en Polynésie française, au Guatemala, à Haïti, au Honduras, en Indonésie, au Kurdistan iraquien, au Kosovo, en Côte d’Ivoire, au Mexique, au Panama, au Paraguay, au Pérou, aux Philippines, en Roumanie, en Sierra Leone, en Afrique du Sud, en Uruguay, au Venezuela et au Zimbabwe.
Un principe fondamental pour l’équipe depuis sa création a été de maintenir le plus grand respect pour les souhaits des parents et communautés des victimes en rapport aux investigations, et de travailler étroitement avec eux pendant toutes les étapes des processus d’exhumation et d’identification. Nous sommes vivement conscients que l’identification des restes est une grande source de consolation pour les familles souffrant de traumatismes causés par la "disparition" d’un proche.
L’EAAF compte actuellement 13 membres, travaillant à temps complet et à mi-temps, qui se spécialisent en archéologie, en anthropologie physique et sociale, en informatique et en droit. De plus, l’EAAF compte sur le soutien généreux de bénévoles et un réseau de professionnels internationaux qui sont souvent invités à se joindre à nos missions.
L’EAAF travaille aussi pour l’amélioration des protocoles médico-légaux internationaux et nationaux, la transparence des enquêtes criminelles, et l’inclusion d’experts indépendants dans les enquêtes des droits de l’homme (voir les sections : rapports nationaux, recommandations, ALAF, Les Disparus et la Convention sur les Disparus (CICR), et le Droit à la Vérité).
Depuis l’établissement de l’EAAF, d’autres équipes d’anthropologie médico-légale ont été établies au Chili (1989), au Guatemala (1991) et au Pérou (2001). Aujourd’hui, les équipes d’Amérique latine échangent des membres pour des formations croisées, et travaillent occasionnellement ensemble dans des missions à l’étranger. Parmi celles-ci figurent notamment les Tribunaux des Nations Unies sur les crimes de guerre dans l’ex-Yougoslavie. En février 2003, des membres de ces équipes ainsi que d’autres anthropologues médico-légaux travaillant en Colombie, au Mexique et au Venezuela se sont rassemblés pour former l’Association des anthropologues médico-légaux latino-américains (voir la section ALAF).